Au Cameroun, une jeune chercheuse vient de lever un coin du voile sur l’un des secrets les mieux gardés du parasite du paludisme. En identifiant une protéine jamais observée auparavant, Christianne Donkeu Wamen ouvre une piste scientifique que même les grands laboratoires internationaux n’avaient pas encore explorée.
Christianne Donkeu Wamen, doctorante à l’Université de Yaoundé I, vient de signer une avancée rare dans la lutte contre le paludisme. Le 23 juillet 2026, sa soutenance de thèse lui a valu la mention Très Honorable après avoir identifié, pour la première fois, une protéine encore inconnue chez Plasmodium falciparum, le parasite responsable des formes les plus sévères de la maladie. Une découverte saluée par la presse locale, qui la présente comme la première scientifique au monde à ouvrir cette voie.
Alors que la majorité des recherches se concentre sur les symptômes ou les traitements, la jeune chercheuse a choisi d’explorer les mécanismes intimes du parasite. Sa thèse, intitulée Identification et caractérisation fonctionnelle des protéines d’adhésion cellulaire de type intégrine de Plasmodium falciparum, s’intéresse à des protéines encore très peu documentées. Leur rôle : permettre au parasite de s’accrocher aux cellules de son hôte pour mieux les envahir, un processus au cœur des formes les plus dangereuses du paludisme. En révélant une protéine jusqu’ici inobservée, Donkeu Wamen apporte une pièce nouvelle à un puzzle scientifique vieux de plus d’un siècle.
Une avancée porteuse d’espoir thérapeutique
Au-delà de la reconnaissance académique, l’enjeu est stratégique. Comprendre comment Plasmodium falciparum s’arrime aux cellules pourrait inspirer de nouvelles approches thérapeutiques ou vaccinales, à l’heure où les résistances aux traitements se multiplient. Bloquer ce mécanisme d’adhésion reviendrait à neutraliser le parasite avant qu’il ne provoque des dégâts. Ces travaux, menés au Laboratoire de Paludologie du Centre Pasteur du Cameroun sous la direction du Dr Lawrence Ayong, s’inscrivent dans un parcours déjà solide : une quinzaine de publications et plus d’une centaine de citations.
Avec plus de deux millions de cas déclarés chaque année, le paludisme reste la maladie endémique la plus répandue au Cameroun. Le pays figure parmi les onze États classés à « forte charge et fort impact » par l’OMS, un groupe qui concentre près de 70 % du fardeau mondial. C’est dans cet angle mort que Christianne Donkeu Wamen a choisi de travailler, rappelant que les grandes avancées contre les maladies d’Afrique se construisent aussi — et de plus en plus — dans les laboratoires africains.
Difira NKOMO ELLA
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